Situation inédite, la reprise du travail post-confinement a montré la capacité de nos entreprises à réinventer dans un temps record, de nouvelles manières de travailler pour protéger la santé physique de leurs salariés en développant leur l’activité. Quelles sont les conséquences sur la santé mentale ? En cette période d’hyper réactivité, la prévention des risques psychosociaux a-t-elle une utilité ?
De nouvelles conditions de travail, facteurs de risques psychosociaux ?
“Comment travailler vite et bien avec tous ces gestes barrière ?” “Que va devenir mon entreprise demain ?” “Comment faire avec mes collègues, s’ils ne respectent pas les gestes barrière ?” “Comment assurer la cohésion de l’équipe, lorsqu’une partie est en télétravail ?”
Ces questions interrogent directement le contenu du travail, sous des angles déjà identifiés dans le domaine de la prévention des risques psychosociaux (Gollac et Bodier, 2011) : complexification du travail, sentiment d’insécurité pour sa santé, conflits au travail, perte d’autonomie dans son activité parce qu’il faut jongler avec de nouvelles compétences, devoir gérer ses émotions face à des clients ou usagers peu enclins à adopter les gestes barrière, perte de sens de son métier au profit de procédures rigides.
Ces situations perçues par les salariés constituent des facteurs de risques psychosociaux qui peuvent, s’ils perdurent ou se répètent, mettre en jeu la santé des salariés. Ils prennent alors différentes formes, parmi les plus connues le stress, les violences au travail, l’épuisement professionnel.
Les risques psychosociaux peuvent également endommager durablement le fonctionnement de l’entreprise, s’ils génèrent une baisse de la qualité du travail, une démotivation, des arrêts de travail, du turnover.
Prévenir les risques psychosociaux n’est donc pas une gageure. C’est également une obligation pour l’employeur d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale de ses salariés au travail (articles L 4121-1 à 5 du code du travail).
Quel rôle de l’entreprise pour limiter et prévenir les risques psychosociaux ?
L’entreprise a un rôle majeur à jouer à trois niveaux : lors de la préparation de la reprise, dans l’adaptation de son organisation et dans la prévention des risques psychosociaux.
En amont de la reprise, il était important que les entreprises puissent rassurer et communiquer des consignes claires pour protéger les salariés des risques sanitaires. Il était également nécessaire qu’elles organisent le retour des salariés, et adaptent le contenu des tâches au regard des contraintes. La reprise ayant eu lieu, les entreprises continuent d’ajuster leur organisation à l’évolution sanitaire et aux contraintes individuelles.
Ce travail sur l’organisation est un réel apprentissage pour tous. Dans ces conditions, il est essentiel que les entreprises prennent la mesure des réussites et des dysfonctionnements. Une politique de prévention des risques permet de donner la parole aux salariés sur leur vécu face aux nouvelles conditions de travail, d’évaluer les risques, et de co-construire des solutions pour allier santé et performance renouvelée. C’est donc une réelle opportunité pour engager un dialogue social autour d’une organisation agile.
Une prévention des risques psychosociaux conditionnée par ses ressources clefs
L’entreprise dispose de ressources clés pour agir dans le domaine de la prévention des risques psychosociaux.
Les professionnels des ressources humaines constituent de véritables pierres angulaires du dispositif. Représentants de l’entreprise, ils animent la prévention des risques et l’articulent avec la politique RH.
Le dialogue social qu’ils engagent avec les IRP est un moteur important de la prévention. Il permet d’engager une discussion autour des difficultés de l’entreprise et des salariés, et de travailler de concert pour améliorer les conditions de travail. Les IRP jouent en effet un rôle essentiel dans la promotion de la santé, la sécurité et les conditions de travail. Acteurs de la mise en oeuvre, ils veillent à l’évolution de la situation.
Les managers de proximité peuvent, par des échanges réguliers, individuels et collectifs, observer les changements de comportements, constater des difficultés nouvelles dans la réalisation des tâches, remarquer une lassitude, une fatigue chronique, un désengagement du salarié, … Ils doivent pouvoir être accompagnés pour faire face aux situations à risque, orienter si besoin les salariés vers les services adéquats et identifier les ressources pour améliorer les conditions de travail.
Et pourquoi finalement ne pas profiter de cette démarche pour créer de nouvelles formes collaboratives autour des conditions de travail et de son contenu ? A l’heure où l’agilité semble une condition de la résilience, faisons de la prévention une opportunité pour cultiver l’agilité de nos organisations.
Bibliographie :
- Gollac, M. et Bodier, M. (2011). Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser. Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, faisant suite à la demande du Ministre dutravail, de l’emploi et de la santé. Consulté à l’adresse : https://travail-emploi.gouv.fr/demarches-ressources-documentaires/documentation-et-publications-officielles/rapports/article/rapport-mesurer-les-facteurs-psychosociaux-de-risque-au-travail-pour-les